Coup de téléphone vendredi midi, un vieil ami… "ça te dit une soirée atelier-fouet ?" devant mes hésitations, j’avais plus ou moins décidé de coocooner, il rajoute "avec Le Squale ?" Bon OK, ça ne se refuse pas ce genre de chose,  je renonce à discutailler et j’accepte ; rendez-vous est donc pris à Paris, dans un donjon où je n’ai encore jamais mis les pieds.

Alors que je suis en train de me changer : ce soir ça sera un corset en soie de Lyon et un hakama, mon ami a insisté pour le corset, il sait que je termine toujours mon serrage par un noeud sur le devant de mon corset, et son challenge c’est précisément de réussir à en défaire le noeud avec son single tail en un minimum de coups, son meilleur "score" étant de trois !

J’ai confiance en sa précision et il le sait, comme il sait que j’aime affronter le fouet de face aussi, c’est un ressenti vraiment particulier pour moi : observer et admirer la gestuelle, le fouet, le regard, apprécier la concentration de l’autre, les mouvements, entendre la langue du fouet se détendre et siffler, voire claquer, puis sentir enfin… goûter la sensation sur la peau…

J’entends une voix féminine un peu grave éclater d’un rire caractéristique : me voilà rassurée, je connais au moins trois personnes avec mon compagnon et le Squale. En entrant je balaye le donjon du regard,  je ne serai pas en terres inconnues me dis-je en faisant ma tournée de salutations et bises.

L’ambiance est détendue, que des "joueurs" à l’horizon !

Les papotages terminés, nous nous retrouvons tous assis sur les bancs, tels des écoliers, Le Squale et Vince nous montrent des fouets et nous expliquent comment ils sont fabriqués, leur histoire, à quoi ils servent, les âmes en cuir, en plomb, en sable, en papier journal, les multiples épaisseurs, les fouets qui renferment des fouets… Ils nous expliquent les différentes parties des fouets, le calcul des longueurs, "le geste dans le muscle" : cette phrase là sonne dans ma tête, comment, pourquoi…

Je suis fascinée, en quelques heures j’apprends, je comprends, c’est un vrai bonheur ; j’assène nos "Maîtres" de questions, envie de savoir si ce que j’ai entendu de ci et de là était vrai ou faux : apparemment beaucoup de fausses informations, j’ai tout un tri à faire, pas grave, ça y est  je suis tombée sous le charme.

La première leçon, comment toucher un point fixe, comment bouger le poignet pour faire bouger horizontalement mon fouet de façon à ce que la langue aille toucher toujours le même point. Le Squale et Vince nous prêtent leurs précieux trésors. Je tiens religieusement le mien, un Joe Wheeler dans les tons bruns, à couper le souffle de beauté, je ne sais pas comment expliquer ça, il tient tout seul dans la main, on dirait qu’il vise tout seul aussi, c’est affolant, je n’y connais pas grand chose, voire rien, et ce fouet se love tout seul, il se déroule littéralement tout seul.

Mon compagnon tend les paumes de ses mains en guise de cibles, il est galant et tend ses deux bras pour se partager entre une autre dame et moi, le but est d’effleurer sa paume, pour évaluer la distance. Je le remplace au bout d’un moment pour qu’il prenne ma place. Nous "jouons" un moment ainsi et je finis par être repérée par la rieuse entendue tout à l’heure  à l’entrée, parce que deux ou trois autres whipers, avérés ceux là, nous ont rejoints et me prennent pour cible à ma plus grande joie (j’avoue…) !

Je m’empare d’un Murphy de 4 pieds, noir, brillant, lourd et équilibré, on dirait qu’il vit, Vince et Le Squale m’expliquent patiemment un nouveau mouvement, non plus horizontal accompagné d’un mouvement latéral, mais horizontal en laissant le fouet se dérouler tout seul. Ils sont d’une extrême gentillesse avec moi, je les sens à l’écoute et n’hésite pas à dire "je n’ai pas compris ci ou ça", alors ils reprennent différemment leurs explications et moi les exercices.

Je me prends au jeu, j’adore ce geste, j’aime sentir le fouet glisser devant moi… J’ai enfin compris le principe, alors Vince m’explique comment le faire claquer. Cinquante fois au cours des soirées les uns et les autres m’ont dit "tu dois faire ci et ça c’est facile ça claque tout seul" ! Mon oeil oui, non seulement ça n’a jamais voulu claquer, mais en prime je n’ai jamais touché correctement la moindre cible !

Et ce soir la magie opère, je me sens comme une gamine devant un sapin de Noel, il vibre entre mes mains, c’est magique oui… et le sac en plastique qui me sert de partenaire depuis tout à l’heure rend l’âme au moment où Le Squale me propose de prendre place sur la croix de Saint André.

Je me sens détendue, à l’aise, j’ai une parfaite confiance dans sa maîtrise du fouet, je lui présente mon dos. Je sens les premières caresses, une sensation d’à plat comme si c’était une grosse lanière de cuir qui venait frapper le haut de mon dos, puis par moment des chatouillis, comme des plumes délicates et diaphanes, des sensations qui se succèdent, par moment je sens comme une lame qui frappe de façon sourde, d’autre fois c’est cinglant et régulièrement ces plumes qui viennent. C’est insensé.

Je n’ose pas bouger d’un millimètre pour ne pas le déranger, j’ai compris au cours de la soirée combien les mesures que l’on prend au début sont importantes.

Je me laisse aller aux sensations qui me parcourent, laisse échapper quelques cris, je sens des frissons qui m’envahissent, ma peau me trahit en se hérissant de toutes parts, il finit par s’arrêter, je me sens heureuse et lui saute au coup en le remerciant, il en profite pour me demander si j’ai vu qu’il avait joué avec quatre fouets simultanément, deux dans chaque mai… Non je n’ai rien vu, par contre j’ai senti oui… c’était hors normes !

Je discute avec une femme qui est restée à coté après avoir assisté à la scène, manifestement intéressée (je la verrai d’ailleurs un peu plus tard dans la même position que celle où j’étais, sur la croix) et je sens un choc profond et sourd sur mes fesses, ça ne ressemble à rien de ce que j’ai pu connaître, je me retourne et reconnais le Sjumbock, il est en peau de giraffe, c’est à dire "plus doux" que ceux en peau de rhinocéros.

"Plus doux" ! c’est là que l’on comprend tout ce que le terme "relativité" englobe de nuances…

 

D’ailleurs c’est vrai, il est extraordinairement doux au toucher, on dirait comme une peau retournée et polie,je l’ai eu entre les mains auparavant, lorsque Le Squale et Vince présentaient les différents types de fouets.

Je goute quelques brassées de Sjumbock sur mes fesses, j’apprécie cette sensation différente et très profonde, j’en ressens le contrechoc tout à l’intérieur de mon bassin.

Le Squale me demande de retourner sur la croix pour essayer celui-là, j’y vais, mais pas vraiment décidée, un Sjumbock, ça reste une arme et, disons le clairement, j’ai peur de l’objet, confiance en lui mais peur de l’objet, c’est la confiance qui va primer, mais je conserve une appréhension.

Il y va tout doucement, mais je sais déjà que je ne supporterai pas et je sais aussi que ça n’est pas tant à cause de l’impact qui au fond n’est pas pire que celui des autres fouets, mais de ma propre peur ; il faudra que je lui demande plus tard, s’il le veut bien, une séance à part entière avec le Sjumbock seul !

Je lui demande d’ailleurs relativement vite d’arrêter, gênée de me montrer si douillette d’un côté, mais je ne veux pas être "fausse" non plus, là tout de suite maintenant, je suis incapable de faire honneur à cet objet.

La soirée va s’étirer jusque vers trois ou quatre heures du matin, je repars pleine d’énergie, comme reboostée après ces dernières semaines où je sentais une chape de fatigue me recouvrir.

Merci à tous… I’ll be back !